Comparer votre commerce aux autres ne demande ni logiciel ni consultant. Un téléphone, Google Maps, TikTok et un quart d'heure suffisent. Le but n'est pas de tout savoir sur vos concurrents : c'est de trouver la chose qui fera la différence ce mois-ci.
Qui sont vos vrais concurrents
Votre concurrent, c'est le commerce que votre client choisit à votre place. Pour une boulangerie de quartier, c'est celle qui est à cinq minutes à pied, pas la chaîne installée à vingt kilomètres sur un zoning. Trois critères suffisent : le même métier, la même clientèle, une distance que l'on fait à pied.
Le test prend cinq minutes. Depuis votre comptoir, ouvrez Google Maps et tapez votre métier, simplement : « boulangerie », « coiffeur », « friterie ». Notez les trois premiers commerces du même métier. Refaites la recherche quelques rues plus loin, puis un samedi : ceux qui reviennent sont vos vrais concurrents.
Ce classement n'a rien d'un hasard. Dans son aide aux commerçants, Google explique que ses résultats locaux reposent sur la pertinence, la distance et la proéminence. La distance se calcule à partir de la position de la personne qui cherche : vous n'y pouvez rien. La proéminence tient compte notamment du nombre d'avis et des notes, et plus vous avez d'avis et de bonnes notes, plus vous montez. C'est la partie qui se travaille.
Les quatre colonnes à relever
Ouvrez une note sur votre téléphone, écrivez votre nom et ceux de vos trois concurrents, puis remplissez quatre colonnes. Comptez dix minutes pour les quatre commerces. Commencez par vous : la première surprise est souvent là.
1. La note Google
Lisez-la toujours avec le nombre d'avis : une note parfaite sur une poignée d'avis rassure moins qu'une très bonne note sur des centaines. Dans l'enquête de BrightLocal sur les avis locaux (février 2026, menée aux États-Unis), 68 % des personnes interrogées disent n'utiliser qu'un commerce noté 4 étoiles ou plus.
2. Le nombre d'avis
C'est souvent l'écart le plus visible, et l'un des plus simples à combler. Dans la même enquête, 47 % évitent un commerce qui a moins de 20 avis.
3. Les avis récents et les réponses
Triez les avis par « Plus récents ». Combien en ont-ils reçu ce mois-ci, et vous ? Répondent-ils, en combien de temps, sur quel ton ? Toujours selon BrightLocal, 74 % des personnes interrogées cherchent des avis de moins de trois mois : un concurrent qui a beaucoup d'avis anciens et peu de récents est moins solide qu'il n'en a l'air. Lisez aussi leurs avis à une, deux ou trois étoiles. Ce que leurs clients leur reprochent, c'est exactement ce que vous pouvez faire mieux.
4. TikTok et Instagram
Pour chaque compte, notez le nombre d'abonnés et la date de la dernière publication. Un compte bien suivi mais silencieux depuis l'été ne pèse pas grand-chose. Sur TikTok, le nombre de vues s'affiche sur chaque vidéo : repérez la plus vue et notez son sujet en trois mots, pas son texte. Ce n'est pas un détail : en Belgique, TikTok touche 4,03 millions d'adultes, soit 42,5 % des 18 ans et plus, et Instagram 53,7 % (DataReportal, Digital 2026 Belgium, audiences déclarées par les plateformes).
En bonus, la Bibliothèque publicitaire de Meta est publique et gratuite : tapez le nom d'un concurrent pour voir ses publicités en cours sur Facebook et Instagram.
Un relevé rempli, pour l'exemple
Exemple
Une boulangerie de quartier à Namur et ses trois concurrents à pied. Commerces et chiffres inventés pour l'exemple.
Vous : 4,7 sur 5, 38 avis, 2 ce mois-ci, presque jamais de réponse. TikTok : 150 abonnés, dernière vidéo il y a cinq semaines. Instagram : 640 abonnés, dernière publication il y a dix jours.
Concurrent A, à 300 mètres : 4,4 sur 5, 212 avis, 9 ce mois-ci, répond à tous en deux jours. TikTok : 2 300 abonnés, une vidéo par semaine, la plus vue montre la sortie du four à 6 h. Instagram : 1 900 abonnés, publication hier.
Concurrent B, à 600 mètres : 4,1 sur 5, 95 avis, 3 ce mois-ci, ne répond jamais. Plusieurs avis récents se plaignent de la file du dimanche matin. Pas de TikTok. Instagram : 850 abonnés, dernière publication il y a deux mois.
Concurrent C, à 900 mètres : 4,8 sur 5, 64 avis, 4 ce mois-ci, répond à tous. TikTok : 410 abonnés, dernière vidéo il y a trois semaines. Instagram : 1 200 abonnés, publication il y a quatre jours. Fermé le dimanche.
Ce que vous en tirez
Un relevé ne sert à rien s'il reste dans le téléphone. Cherchez trois choses, dans cet ordre, puis n'en gardez qu'une pour le mois.
Un écart d'avis à rattraper
Une meilleure note mais moins d'avis que les autres ? Votre chantier est tout trouvé : demander un avis à chaque client, tous les jours, sans trier les contents et les mécontents. La méthode est dans notre article sur les avis Google.
Un format vidéo qui marche chez eux
Si leur vidéo la plus vue montre la sortie du four, ne refaites pas leur vidéo : reprenez le format avec votre produit, votre geste, votre lumière. Ce qui marche, c'est l'idée (le moment où « ça sort »), pas leur cadrage. Voici comment refaire une vidéo TikTok qui marche sans la copier.
Un créneau que personne n'occupe
Une plainte qui revient chez eux et que vous réglez déjà, un horaire que personne ne couvre, un sujet que personne ne filme. C'est souvent là que se cache la meilleure idée, parce qu'elle répond à un manque que les clients ont déjà écrit noir sur blanc.
Exemple
Dans le relevé de Namur, la boulangerie a la deuxième meilleure note, mais 38 avis contre 212 pour A. Le format qui marche chez A, c'est la sortie du four : elle peut filmer la sienne, avec son pain. Et le créneau libre, c'est le dimanche matin : C est fermé, B a une file. Si c'est vrai chez elle, une vidéo « Dimanche matin, pain chaud, pas de file » parle aux clients des deux. Pour octobre, elle ne garde qu'une action : les avis, parce que c'est l'écart le plus grand.
Ce qu'il ne faut pas faire
Les pièges
Copier. Leurs photos et leurs vidéos leur appartiennent : les reprendre, même recadrées, c'est utiliser le travail d'un autre. Et le client qui voit deux fois la même vidéo se souvient de la première.
Dénigrer. En Belgique, la publicité comparative est encadrée par l'article VI.17 du Code de droit économique : objective, vérifiable, sans dénigrement ni confusion. Le plus sûr reste de ne jamais citer un concurrent, ni dans une vidéo, ni dans une réponse à un avis.
Laisser un avis chez eux. Pour Google, l'avis d'un concurrent est un conflit d'intérêts. Et publier ou faire publier de faux avis est interdit en toutes circonstances par l'article VI.100 du Code de droit économique.
Baisser vos prix par réflexe. Avant de toucher au prix, regardez les autres colonnes : un écart d'avis ou de vidéos se comble sans rogner votre marge.
Refaire le relevé chaque trimestre
Un relevé est une photo à un moment donné. Refaites-le tous les trois mois, avec les mêmes concurrents (plus un nouveau s'il en est apparu un), et comparez avec le précédent : c'est là que vous voyez si l'écart se réduit.
À faire cette semaine
- Faites le test Google Maps depuis votre comptoir et notez vos trois vrais concurrents.
- Remplissez les quatre colonnes pour eux et pour vous.
- Lisez leurs dix derniers avis à une, deux ou trois étoiles et entourez la plainte qui revient.
- Choisissez une seule action pour le mois, et notez-la là où vous la verrez chaque matin.
Pour la fiche Google, les avis et les vidéos qui vont avec, le guide de survie du commerce local en 2027 est gratuit, à lire sur votre téléphone.

